#097: S’amouracher de la Petite Alsace

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C’est le genre de coin, m’voyez, où l’on s’imaginerait volontiers poser ses valises. Des maisonnettes dans Paris, au cœur d’un quartier ma foi pas désagréable, la Butte aux Cailles. Mais en plus, des maisonnettes qui ne donnent pas sur la rue : non non, c’est autour d’une vaste cour pavée, ombragée et à l’abri des passants, que se déploient une quarantaine de logements. Bon, certains curieux dont je fais partie parviennent à se glisser derrière le portillon pour admirer le charme bucolique de l’endroit, mais promis, on admire à pas de loup et on repart !

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La Petite Alsace, ou le HLM inattendu

Vous ne rêvez pas : derrière ces jolis colombages bleus se trouvent des HLM ! Vous pouvez toujours postuler, mais ceux qui ont décroché une place la quittent très, très rarement… certains bénéficient même encore des fameux loyers régis par la loi de 1948. L’ensemble date de 1913 et a été imaginé par l’architecte Walter sur la commande de l’abbé Viollet, qui souhaitait offrir des logements décents aux familles nombreuses. Et au départ, chaque logement était conçu pour accueillir jusque 12 personnes ! Quant au pourquoi des colombages, le fait que Jean Walter soit né à Montbéliard joue peut-être ? Je n’ai pas trouvé de réponse à ce sujet. En revanche ce qui est sûr, c’est son goût développé pour les cités-jardin, cette forme de logement qui entoure un vaste espace de verdure pour recréer un morceau de campagne en coeur de ville. Il en a conçu d’autres ailleurs en France.

La Petite Russie, à l’époque des taxis

Une fois dans la cour, allez vers le fond et levez les yeux. Vous apercevez ces maisonnettes blanches qui surplombent la Petite Alsace ? Il s’agit de « La Petite Russie », un autre ensemble qui a son histoire.

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Cette succession de maisonnettes est construite sur un garage, qui au début du XXe siècle, abritait des compagnies de taxis. Ces logements étaient réservés aux chauffeurs dont la majorité étaient des Russes blancs, qu’on appelle ainsi car ils ont préféré fuir leur pays plutôt que d’accepter la révolution de 1917 et la prise de pouvoir par les bolcheviks. On dit que ces émigrés étaient devenus en majorité des chauffeurs de taxi, mais en réalité peu d’entre-eux accédèrent à ce statut enviable à l’époque. Ils devenaient plutôt des ouvriers ou dénichaient des emplois dans la restauration. Avec le nom de « Petite Russie » pour ce lot de maisonnettes, le mythe est entretenu.

En ressortant, n’oubliez pas de passer une tête dans la rue d’en face, la villa Daviel. Vous pourrez admirer de très belles maisons d’ouvriers datant du début du XXe siècle, où les arbres et les glycines protègent les maisons de nos regards indiscrets en foisonnant de toutes parts ! Et si vous souhaitez vous balader sur toute la Butte, retrouvez mon autre article sur le sujet !

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Ces anecdotes sont tirées de mon livre Balades et petites histoires parisiennes, parues chez Hachette

Discussion3 commentaires

  1. mais je l adore ce livre ,dès que nous venons à Paris nous faisons une des ballades décrites,je l’ai offert à ma soeur et mon fils habitant Paris .Bravo!

    • jarmolaine

      Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir d’avoir des retours sur ce livre !

  2. Vraiment, je ne comprends pas ces gens qui vivent dans un lieu idyllique, paient un loyer modéré et refusent de le quitter 😉 Plus sérieusement, c’est tout ce coin de Paris qui vaut le détour…

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