#082: Parcourir le monde dans les jardins d’Albert Kahn, à Boulogne

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C’est l’histoire d’un mec, ancien disciple de Bergson, qui devient banquier. Pas le petit banquier derrière son guichet hein, bien sûr. Non, il fonde sa propre banque, carrément.IMG_7102Sauf que. Sauf que ce mec-là, il a un flair de ouf. Ou alors c’est autre chose… mais gardons la légende intacte. Bref, il est capable de détecter avant les autres quels titres vont augmenter, et à chaque fois il mise sur le bon cheval. Du coup, sa fortune explose. Et ça tombe bien, parce que ce mec, il a une passion : il s’est acheté un bout de terrain et un hôtel particulier à Boulogne, 6 quai du 4 septembre, et il cultive son jardin.IMG_7049

Alors évidemment hein, pas le petit jardin caché derrière la maison pour faire pousser trois tomates et deux salades, non. Vous commencez à comprendre l’envergure du bonhomme : quand il s’y met, il s’y met.IMG_7051Il rachète, au fil du temps, les parcelles qui cernent sa propriété, jusqu’à disposer d’une belle surface de 4 hectares. Et chaque nouvelle acquisition est l’occasion de développer une nouvelle « scène » : un jardin français, un jardin anglais, un jardin japonais, une forêt vosgienne…IMG_7081Une bien belle manière de faire le tour du monde sans sortir de chez soi. Mais par ce biais, Albert Kahn tient surtout à propager un message de paix, un message qu’il ne cantonne pas à son jardin puisqu’il met sa fortune au service de ses idéaux. Le mécène est à l’origine de nombreuses institutions destinées à favoriser la compréhension entre les peuples. Le but de ce petit alsacien au fort accent, monté à la capitale sans autre bagage que ses capacités intellectuelles : ouvrir les esprits, éveiller les consciences. Regardez plus loin que vos chaussures, nom de nom, comme dirait ma tante ! (Elle disait aussi nom de foutre, mais je ne crois pas qu’Albert aurait apprécié)IMG_7077Mais tout à coup, patatras. 1929, krach boursier. Celui-là, il ne l’avait pas vu venir. C’est non seulement sa fortune qui s’écroule, mais ses oeuvres avec.IMG_7038A 70 ans, Albert Kahn est ruiné, il hypothèque ses biens, puis finit sa vie dans sa maison de Boulogne, qui ne lui appartient plus mais dont il a pu conserver l’usage. La maison et les jardins deviennent la propriété du département de la Seine en 1936. Et ouf, ce bien public le restera. L’administration décide de « faire de ces sept plus beaux jardins du monde réunis dans un seul domaine, un conservatoire national de l’art du jardinage. »IMG_7061Après une période floue où les jardins sont plus un parc classique qu’un conservatoire du jardinage, une juste réhabilitation a été menée en 1989. Depuis, le département des Hauts-de-Seine les préservent jalousement, reconstituant la forêt vosgienne après la tempête de 1999, l’étoffant, même.IMG_7064Et c’est tant mieux, car une promenade le long de ces sentiers aux ambiances éclectiques éloigne durablement l’esprit des pollutions parisiennes en tout genre.IMG_7075

http://albert-kahn.hauts-de-seine.fr/

Métro Boulogne – Pont de Saint-Cloud

Discussion4 commentaires

  1. jarmolaine

    Merci, fidèle commentatrice 😉 Oui, grand retour après des mois de couvade ! Grande à l’école, petite gardée, maman délivrée et enthousiaste à l’idée de gambader de nouveau dans les rues de Paris, mon appareil photo trépigne !
    Je suis toujours tes notes, ton jardin (on va bientôt te concurrencer, disposant désormais d’un lopin de terre, vivement le printemps !) et tes dessins, même si je ne commente pas car ça ne fonctionne pas par mon téléphone, ou alors il faut que je recommence 15 fois… A bientôt !

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