#076: Butiner sur les toits du Grand Palais

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On peut aller au Grand Palais pour plein de choses. Pour une expo, un défilé Chanel (qui est la seule période de l’année où aucun membre du staff n’a le droit d’entrer dans l’enceinte du Palais jusqu’au jour J !), ou alors… pour récolter du miel.

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Pour cela, il faut pénétrer dans le creux de l’un des 4 piliers qui supporte la structure. Une porte qui s’ouvre sur l’envers du décor… en l’occurrence, 108 marches en bois, un colimaçon bien serré, sombre, des câbles qui courent le long des murs mais surtout au bout…

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Paris à vos pieds !

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Il faut commencer par longer la grande verrière, marcher sur le toit en zinc, enjamber une barrière.

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Pour cela, on suit Nicolas Géant, l’apiculteur des ruches du Grand Palais. Drôle d’effet que celui de se balader tranquillement sur les toits de l’un des plus beaux monuments parisiens…!

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Au bout, dans un recoin isolé, on découvre 5 ruches peuplées de petites chanceuses, les mieux logées de la capitale. En cette période hivernale, il n’y a pas d’activité. Mais c’est l’occasion d’apprendre qu’une abeille hiverne, elle n’hiberne pas : elle reste en action, mais la veinarde a tellement bien bossé tout l’été qu’en hiver, quand la bise s’en fut venue, elle a sorti la couette, le pot de miel, et elle attend peinard avec les copines que les beaux jours (et les fleurs) reviennent.

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Au pied des ruches, on découvre des monceaux d’abeilles mortes, c’est un peu glaçant quand on arrive. Mais Nicolas Géant nous rassure très vite : « Il y a plus de 2 millions d’abeilles qui transitent dans chaque ruche chaque année, c’est juste le cycle de la vie ! Et comme elles vivent en moyenne 45 jours (sauf l’hiver, où le fait d’hiverner leur fait gagner quelques semaines), c’est normal d’en trouver autant au pied des ruches. » Ouf, se dit la jeune néophyte que je suis.

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Cet apiculteur, il a eu l’idée géniale, il y a 6 ans, d’appeler comme ça le Grand Palais en leur disant « dites, ça vous intéresserait des ruches sur le toit ? » L’aventure a commencé aussi simplement qu’un coup de fil. Et depuis, il essaime ses ruches dans la capitale : sur les toits de la Tour d’Argent, de Louis Vuitton, du chocolatier Patrick Roger, de plein d’entreprises… Pour autant, ne croyez pas trouver du « Miel de Paris » n’importe où ! La plupart de ses clients gardent jalousement la production pour usage personnel : pour remercier le personnel, pour les clients…

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Vous pouvez cependant en trouver en de rares endroits, comme à la Tour d’Argent, chez Patrick Roger chocolatier, ou alors à l’Opéra Garnier. Le hic ? Les ventes se font sur 2-3 semaines dans l’année, et il faut se battre pour en décrocher un pot… et se battre, la plupart du temps, avec les japonais qui en raffolent, nous explique Nicolas Géant !

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« Mais… cela vaut-il le coup de se battre ? » me direz-vous. Alors entre-nous, pour avoir eu le privilège de repartir avec un pot non pas de « Miel du Grand Palais » mais de « Miel récolté sur les toits de Paris et de sa région » signé Nicomiel (l’apiculteur, donc), ben je dirais oui, plutôt. Un miel incroyablement épais, qui se pose comme une grosse goutte sur la cuillère, l’enrobe, ne coule pas en un long filet pour rejoindre le pot, et très parfumé. Omnomnom, vous dirais-je pour condenser l’avis que j’en ai.

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L’intéressant de la chose, c’est que ce miel, aussi surprenant que cela soit, est composé pour 1/4 de pollen d’agrumes ! Orangers, mandariniers et citronniers placés par les habitants sur les balcons sont nombreux, les abeilles s’en régalent, et c’est l’une des particularités du miel parisien : il a ce côté « agrumes » que l’on retrouve habituellement dans les miels du sud de l’Espagne !

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Je vous laisse avec quelques vues supplémentaires… (j’aurais pu en mettre moins, certes ! mais… non.)

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La mauvaise nouvelle de ce post ? Ce n’est pas une visite ouverte au grand public… 

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(détail de la structure du Grand Palais, depuis les coulisses !)

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Pour terminer, voici un extrait de l’interview menée avec Nicolas Geant :

Voici aussi un lien vers la chronique réalisée par mes soins à ce sujet, lors du Salon de l’Agriculture, sur Europe 1

Et pour ceux que ça intéresse, voici une belle page qui recense quelques-unes des ruches de la capitale : The honey gatherers

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Discussion11 commentaires

  1. J’avais entendu causer du miel produit sur les toits de l’opéra Garnier, mais je ne savais pas pour les autres monuments.
    De ce que j’en sais, les abeilles sont plutôt heureuses à Paris en raison du faible usage relatif de pesticides, et leur miel est plutôt pas mal réputé…
    Si les visites ne sont pas accessibles au grand public, comment as-tu fait pour arriver à y aller ?

    • jarmolaine

      Wouw, tu commentes plus vite que ton ombre, j’étais en train de faire les derniers réglages et pan ! déjà un commentaire !
      En fait il y en a vraiment partout, j’ai découvert ça avec ce reportage. Et oui, la production est bonne grâce au faible usage des pesticides, c’est vrai. Je ne l’ai plus en tête, mais Nicolas Géant m’avait donné la comparaison avec un département limitrophe et la production de miel est meilleure à Paris.
      Pour ce qui est d’avoir pu faire cette visite, c’est un reportage réalisé pour ma chronique de ce samedi 23 pour Europe 1, en direct du salon de l’Agriculture. Je voulais un thème un peu bucolique !

  2. Ton blougui figure dans mon tableau de bord Blogger, ceci explique cela :-) Merci pour les précisions.
    On a régulièrement des apiculteurs qui passent proposer les produits de leurs ruches, à mon Amap, et notamment du miel béton…
    Il était question pendant un temps d’en établir au cimetière voisin de Belleville mais je ne sais pas où en est ce projet.

  3. Superbe article comme toujours, une chose de plus que j’apprends sur Paris. Merci encore
    Stefania (de Montréal)

  4. Quel dommage que ce genre de viste ne soit pas « publique »!! En plus, avec un but « pédagogique » : l’importance des abeilles dans notre éco-système. Je savais pour les ruches sur le toit de l’Opéra mais pas ici.
    Le Grand Palais est The Place to Be de la famille. Les enfants connaissent par coeur et s’y promènent « comme ,chez eux »… Ils adorent cet endroit où ils peuvent voir des choses pas banales (« monumenta » ces 2 dernières années), où faire du patin à glace :) – nous avons beaucoup aimé la patinoire qui y était installée pour les fêtes, quoique regretté un peu quand même qu’elle ne fût pas plus grande^^^. L’idée de pouvoir se promener sur le toit de ce monument….et puis la vue!! Mon chéri étant photographe amateur pourrai s’en donner à coeur joie..
    Vraiment pas moyen de négocier même des visites « organisées » par petits groupes, sur certaines périodes?
    Merci pour ce billet!

    • jarmolaine

      Bonjour,
      je ne pense pas qu’ils s’amusent à organiser des visites, car en plus de marcher sur un toit en zinc, il faut enjamber une barrière… à trois, comme on l’était là, ça passe, mais à plus, ce serait difficilement imaginable. Il reste plein d’autres points de vue dans Paris à explorer, et accessibles à tous ceux-là !

      • Je suis pleinement consciente des difficultés « logistique » que cela engendrerait, sans parler des perturbations dans le travail de l’apiculteur et potentiellement de ses protégées. Mais dommage quand même (je suis une grande rêveuse)… En effet, on se rattrape sur les autres points de vues que nous offre Paris, tel la butte Montmartre où les Buttes-Chaumont, entre autre…

  5. Pingback: #090: Déguster de l’hydromel au fin fond des catacombes

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