#073: Jouer les Robinsons sur l’île Seguin

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Maintenant qu’on est des gens de l’Ouest, on explore… l’Ouest. Bé oui, dit comme ça, hein…

Et pour se rendre sur l’île Seguin, on a commencé par la contourner depuis le bas-Meudon pour ensuite entrer par la passerelle toute neuve, du côté des usines Renault. Ce crochet vaut le détour si vous aimez les jolies péniches amarrées…

Il n’empêche que quand on cherche de la verdure sans la foule, il s’avère que l’Ouest est pas mal loti, en particulier le sud-ouest avec ses îles : l’île Saint-Germain (on y reviendra un jour) et l’île Seguin. Si la première a un petit côté Hyde Park franchement séduisant, il reste encore tout à faire sur la seconde (et c’est ce qui désespère les habitants alentours, qui la verraient bien rester vierge de tout bâtiment).

Entre 1929 et 1992, l’île était recouverte par les ateliers Renault, des bâtiments industriels qui ont longtemps représenté le fleuron de l’automobile française. Avec sa propre centrale électrique, des sites d’essai, une piste souterraine et un pont d’embarquement pour transporter les véhicules par voie fluviale, c’était la plus grande usine de France. 30000 employés trimaient ici chaque jour ! Aujourd’hui, il ne reste de l’usine Renault qu’une strate, sous l’herbe, que l’on aperçoit depuis les autres rives.

La dernière super 5 est sortie en 1992 et à cause de travaux de désamiantage très complexes, les bâtiments industriels ne furent détruits qu’en 2004-2005. L’entrée de l’ancien site se dresse pourtant encore, esseulée, au milieu d’un grand rien.

Et Renault se a maintenant élu domicile sur l’autre rive, côté Boulogne…

2005, c’est aussi la date à laquelle le projet imaginé pour donner une nouvelle vie à l’île s’envola. Une grande partie de l’île devait héberger un musée d’art contemporain dont les oeuvres exposées auraient été celles du milliardaire François Pinault. Mais celui-ci, las des lenteurs administratives de son pays et des tensions locales pour arriver à arrêter un projet, a pris ses cliques et ses claques direction Venise, où son projet de musée s’est très vite mis en place au Palazzo Grassi. Tant pis pour les francesi !

Donc nous à la place, on peut à peu près se balader dans du rien. De grandes plages d’herbes folles, deux trois containers (ces containers colorés qui actuellement, retracent justement l’épopée Renault), un petit parc de jeux fait à partir de pneus et autres pièces automobiles qui rappellent l’époque des usines, et -pièce maîtresse de l’île pour l’instant- le Cirque en chantier tenue par les Bouglione mère et fille.

Un projet de réhabilitation prévoit d’implanter 5 tours signées Jean Nouvel (évidemment, qu’est-ce qui est nouveau à Paris et qui n’est pas signé Jean Nouvel, je vous le demande ? Quand on a un talent en France… on oublie les autres). Ces tours font rugir les habitants craignant de ne plus bénéficier d’un panorama magique sur la capitale (ce qui aurait le désagréable impact de dévaloriser leur bien, faut pas perdre le nord) ; il y aurait aussi deux salles de concert, 7 hectares d’espaces verts, des pôles consacrés à l’art contemporain, au cinéma et aux arts numérique. A vrai dire, vu le nombre de recours déposés par les riverains et les guéguerres de clochers, c’est pas encore fait, mais si on pouvait y prévoir un petit hôtel à Paris bien sympa, je pense que les voyageurs ne seraient pas contre… une vue sur la Seine avec Paris en fond, plutôt sympa non ?

Supplément crânerie : les terres de l’île Seguin étaient louées à des paysans jusqu’au XVIIe siècle, mais l’île s’est mise à intéresser les « grands de ce monde » lorsque le château de Versailles fut construit… hé oui, elle se situait sur la nouvelle route qui reliait Versailles à Paris ! Comme il n’avait pas l’habitude de se tracasser pour des broutilles, Louis XV acheta l’île en 1747 « pour ses filles » précise le Monde. Oui, parce qu’il faut savoir que le monsieur était un grand coureur de jupons, du genre à vous kidnapper dans la rue pour une petite partie de jambes en l’air avant de vous y renvoyer aussi sec. Un mec sympa qu’on surnommerait facilement « Kadhafi » par exemple, aujourd’hui. Aaaah, qu’il nous manque le temps des rois… Bref. L’île était alors appelée « île de Sève » (un petit rapport avec la présence des filles, m’en demandez pas plus et faites vos déductions tout seuls), puis elle fut ensuite nommée « île Madame ». Ce qui est plutôt bien vu puisqu’à côté il y a « l’île Monsieur. » Donc du coup aujourd’hui, l’île Monsieur se sent un peu seule. Car après la révolution et jusqu’à l’arrivée de Renault, l’île fut investie par les blanchisseurs, et c’est un chimiste qui acquit l’île en 1794, Armand Seguin (il venait de découvrir une nouvelle méthode pour tanner le cuir, et vu comme ça pue il valait mieux s’isoler sur une île), qui laissa son nom en héritage. Vouala vouala.

Pour en savoir plus sur les protestations des riverains quant aux projets imaginés pour l’île, cliquez ici !

(bon sinon, le ciel bien bleu sur les photos, ça fait envie, non ?)


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Discussion5 commentaires

  1. Contente de te relire ! C’est vraiment un coin dont je me dis régulièrement que j’irais bien le visiter mais bon, depuis mon «lointain» vingtième, je n’y pense pas spontanément…
    Ta prochaine visite, à l’île de la Jatte ?

    • jarmolaine

      ouhlala, c’est loin de chez nous ça 😉 Non, je n’ai pas encore pris de photos mais j’ai vraiment été séduite par l’île saint-germain. Je pense que pour le prochain post, on remet les pieds dans Paris !

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