#069: Tout savoir du « Gratte-ciel n°1 »

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Paris… gratte-ciel… voilà deux mots qui ne collent pas des masses ensemble, me direz-vous. Pourtant dans les années 1960, il y avait une vraie volonté de changer le visage de la capitale en construisant des tours afin de loger décemment la population, qui jusque-là se contentait d’immeubles haussmanniens vétustes, rarement équipés de sanitaires. Le 13e arrondissement, zone en friches, a été un véritable laboratoire. Tout a commencé avec celle qu’ils nommèrent pompeusement le « Gratte-ciel n°1. »

Bon, aujourd’hui l’appellation nous fait doucement rire. Parce qu’avec ses 65 mètres de haut, elle a inauguré l’oxymore « gratte-ciel nain ». Pour l’époque, c’était pourtant une petite révolution : celle qu’on appelle aussi la tour Albert -du nom de son architecte- était la toute première tour de logements de Paris.

Hyper moderne du temps de sa construction, sa structure est composée de poteaux d’acier creux, l’habillage est en panneaux d’inox, les matériaux préfabriqués, légers et économiques. Aujourd’hui, ces mots sonnent surtout comme « mal isolé, passoire, congélo en hiver et fournaise en été. » Mais bon, je n’y vis pas, ce n’est qu’une supposition en observant les lieux (et le nombre de fenêtres ouvertes par jour de grand beau temps).

Comme c’était la toute première tour, architecte et habitants du quartier se sont pris à rêver. Ils ont imaginé une passerelle qui relierait la tour à la place d’Italie, située une rue plus haut, en enjambant les rails de métro qui mènent à l’entrepôt de la RATP situé juste derrière (regardez le plan en fin d’article). D’où ce 6ème étage creux, qui devait accueillir la passerelle. Et puis les habitants du quartier ont accepté cette construction à une condition : que le toit, qui offre une vue sur tout Paris, soit accessible à tous. Sur ce point, ils se sont un peu fait bananer puisque les copropriétaires rachetèrent les droits d’accès en 1970 pour avoir la paix. Quant à la passerelle… elle ne vit jamais le jour…

D’autres nombreuses tours fendirent le ciel du 13e arrondissement les années suivantes, avec une homogénéité et un goût relativement pauvre. Si les urbanistes et architectes avaient varié les plaisirs, pensé ces immeubles autrement, plus harmonieusement dans leur agencement, Paris n’aurait pas le même visage aujourd’hui. Considérant l’aménagement du 13e comme un véritable échec, le projet de construire des tours ailleurs dans la ville-lumière mourut quelques années plus tard… d’ailleurs, aujourd’hui le Plan local d’urbanisme ne permet plus de bâtir des tours aussi hautes à moins d’obtenir une dérogation.

Bon quand même, la tour Albert figure à l’Inventaire des Monuments Historiques, parce qu’avec Jussieu, c’est le seul édifice parisien utilisant l’architecture tubulaire métallique. Ça vous en bouche un coin, hein ?


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Discussion6 commentaires

  1. Pou vivre dans une tour qui doit être à peine plus jeune je confirme que l’isolation n’était pas la préoccupation première des gens qui les ont conçues, à moins que la faute ne revienne à ceux qui les ont financées… Mais en France peu de constructions sont convenablement isolées.
    Cela dit, ces tours représentaient sûrement une grande avancée en termes de confort, ne serait-ce que par la présence des sanitaires et du chauffage central…

    • jarmolaine

      C’est sûr que l’avancée était là, entre vivre dans des taudis qui sont parfois encore en l’état à l’heure actuelle et disposer d’un toit équipé de sanitaires… personnellement, j’ai beaucoup de mal avec le « cachet » des appartements haussmanniens !

  2. Et pourtant, les immeubles haussmanniens ont eux-mêmes représenté une amélioration de l’habitat en leur temps (au prix de beaucoup de démolitions, on est bien d’accord, mais c’est un autre débat)…

    • jarmolaine

      Hé oui… ce qui m’agace le plus je crois, c’est de voir à quel point ils sont sacralisés aujourd’hui. Impossible d’en démolir un sans que ça fasse scandale, c’est « le visage de Paris ». Oui, mais ça empêche la capitale d’évoluer comme peut le faire Londres par exemple… vraiment, vraiment dommage je trouve !

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