#031: Imaginer les Halles du futur

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Sur ce point, il semble bien que les parisiens sont unanimes : les Halles, c’est un échec. Le centre commercial ? bondé. Le jardin ? vide à en effrayer les pigeons. Cette version du « Ventre de Paris » (dixit Monsieur Zola) ne séduit pas, on peut même dire qu’elle rebute. Et pourtant… 800.000 parisiens et banlieusards passent ici chaque jour, 18 mètres sous terre, pour emprunter le métro ou le RER. Quant à la foule dans les couloirs du centre commercial… en période de soldes, à Noël… toutes les excuses du monde sont valables pour échapper à ça.

Celui qui est à l’origine de ce cuisant échec est l’homme politique que les Français adulent si soudainement, dont ils s’arrachent le livre, celui dont ils parlent tendrement comme on le ferait d’un grand-père un peu sénile, qui commence déjà à nous manquer… c’est cela même, c’est Chirac.

Quand le marché de gros quitte les Halles dans les années 1970, après 8 siècles passés à nourrir tout ce que Paris comptait de bouches, ce sont 12 pavillons « Baltard » (du nom de leur architecte) qui trônent ici, vidés de leur substance. Immenses halls couverts en charpentes de fer vitrées, ils sont tous détruits, sauf un, démonté et reconstruit à Nogent-sur-Marne. Aujourd’hui, le rescapé accueille de « grands évènements artistiques ». Si si, vous voyez… oui c’est ça, la « Nouvelle Star » par exemple.

Et donc, la destruction. Les Halles ne sont plus qu’un trou béant, un immense rien durant de longues années. Le président de l’époque, Valéry Giscard (de son vrai nom, point de d’Estaing à l’horizon), imaginait une place monumentale en forme d’ellipse, mais le conseil municipal s’y opposa. Rien de bien surprenant quand on connaît les relations électriques qu’entretenaient Giscard et le tout premier maire de Paris, Chirac, après qu’il eut démissionné de son poste de 1er ministre. L’Etat finit donc par se retirer du projet au profit de la ville de Paris. Chirac, 1 – Giscard, 0.

L’architecte Bofill, qui avait tout de même démarré les travaux, vit son chantier rasé (qui vient de dire « gaspillage » dans le public ? mmm ?) et fut remplacé illicottement par Chirac lui-même, qui clama bien haut « l’architecte en chef des Halles, c’est moi » (et oui, il ne pouvait pas encore brailler « l’Etat, c’est moi »). C’est donc ce bon vieux papy de Chirac qui nous pondit l’horreur, le nombril parisien, celui qui, quand on y met un doigt, nous avale tout cru comme un sable mouvant.

Lecteurs, lectrices, réjouissez-vous. En 2016, plus rien de tout cela n’existera. Ni champignons de fer, ni cascades de verre, ni même jardin délaissé. Comme Bertrand Delanoë est un gars poli, il explique que plus de 20 ans après son achèvement, « le complexe des Halles souffre de saturation et de dysfonctionnements » qui ont provoqué « un vieillissement précoce du cadre urbain et de ses édifices ».

Dans les faits, voilà ce que l’on pourra voir à la place des cascades de verre. Les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti ont remporté le concours en proposant d’aménager une Canopée, ce grand toit translucide aux formes souples. Adieu, trou béant… Les travaux commencent en ce début d’année par le jardin et la Canopée ; le tout devrait être livré en 2013. En 2011, ce sont les travaux sur la voirie souterraine qui débuteront, puis en 2013 viendra le tour des travaux de réaménagement des transports en commun (métro et RER).

La Canopée sera donc ouverte, elle laissera apercevoir la Bourse du Commerce depuis la rue Pierre Lescot. Depuis le jardin, c’est une sorte de grande esplanade qui glissera vers l’intérieur, sous forme de trois (très très) grandes marches. Cet élément fait penser à l’esplanade du centre Georges Pompidou, qui avait été pensée comme un lien entre la ville et l’art. Ici, entre le jardin et le brouhaha des Halles… brouhaha qui -soit dit en passant- devrait être atténué par la nouvelle infrastructure.

Vues depuis la Bourse du Commerce, les Halles se fondent dans le paysage urbain. Alors certes, point d’ellipse, mais quand même… on peut dire que Giscard a vu sa revanche arriver, allez : 1 partout !

Truc utile : une exposition complète se tient à l’entrée des Halles du côté de la rue Lescot, détaillant le projet sous tous ses angles, l’histoire du site, les chiffres, les modifications apportées et le pourquoi de ces changements… des intervenants peuvent également répondre aux questions des visiteurs. A voir !


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Discussion8 commentaires

  1. Positivons quand même un peu les Halles: Je suis d’accord sur le fiasco architectural mais je trouve malgré tout un charme aux jardins avec leurs allées bordées d’eau, à découvrir au printemps lorsque les premiers beaux jours arrivent, après trop de monde … Ils offrent une jolie perspective sur Saint Eustache. J’ai un faible pour cette église car il parait que mon grand père – qui n’avait pas trop la fibre religieuse – allait y écouter des concerts d’orgue.

    Autre curiosité à découvrir: l’horloge automate de Jacques Monestier, le Défenseur du temps, qui se cache dans une rue du cartier éponyme. Quand elle fonctionne elle s’anime toute les 1/2 heures je crois. A l’origine c’était là que débouchait « Le passage de l’horloge », qui se voulait une galerie bordée de magasins chics traversant les immeubles, là encore fiasco. Les boutiques qui s’y trouvaient ont rapidement fermés. Longtemps à l’abandon, le passage a été reconverti en Leroy Merlin. Petit jeu: amusez vous a retrouver le passage de l’horloge au milieu des rayons d’outils et de quincaillerie.

  2. Ah ça c’est sûr, on ne dit pas « merci Chirac » pour ce quartier rebutant en tout point : gris, triste, glauque même en pleine journée, bondé et de plus en plus mal fréquenté. Je n’y mets les pieds vraiment que quand je n’ai pas d’autre choix, c’est dommage car c’est un endroit qui a une histoire très riche.

    Je pense que je ne vivrai plus à Paris d’ici 2016 pour pouvoir profiter des nouveaux aménagements, mais je reviendrai certainement voir ce que ça donne, j’espère beaucoup de ce projet ! Si on pouvait raser le Centre Pompidou aussi… parce que dans le genre moche, on n’a pas fait pire ! On devrait interdire à tout chef d’Etat d’avoir des projets innovants de ce genre 😉

  3. Merci pour ce point très intéressant !
    Je ne savais pas que Baltard venait de là…
    Quel dommage d’avoir tout démonté !

    Le jardin des Halles me fait plus penser à un coupe-gorges qu’à autre chose…

    Que vont devenir les magasins etc. ? J’ai du mal à voir à quel point tout ça peut être modifié.

  4. Merci pour ce blog, les petites anecdotes sont toujours un délice à lire !

    Nolive > si mes souvenirs sont bons, l’horloge automate a malheureusement cessé de fonctionner il y a quelques années. Bon, elle est toujours là, mais ce n’est plus la peine d’attendre l’heure pile pour voir le chevalier remuer son épée devant le dragon…

  5. Oh génial! Grâce à toi j’ai appris plein de choses sur les halles!
    Pour le projet… Wait and see comme on dit… Mais de toute façon il est clair qu’il fallait VRAIMENT faire quelque chose!

  6. Merci pour vos messages !
    @Nolive : je vais aller voir ça, pour Leroy Merlin… pour le jardin ce qui est prévu est pas mal du tout, je pense que tu ne regretteras pas trop !
    @Annouchka : rhooo, t’y vas fort pour Pompidou ! Moi depuis que je connais le concept des architectes, j’adore !
    @Lili : this is the question. Il semble qu’ils vont rester ouverts, mais ça me semble difficile pour ceux qui se trouvent en surface. Mystère…

  7. Virginie Vina

    Je travaille à la Bourse de commerce et je peux te dire que les jardins des Halles ne sont pas vides, mais blindés de clochards qui s’ils sont un peu trop avinés, gueulent sous nos fenêtres ou même se bagarrent ! Très sympathique quand on reçoit des visiteurs…
    j’attends l’expo avec impatience !

  8. Pingback: #037: Zoner passage de l’Horloge « Parce qu'il y a aussi mille choses à faire à Paris !

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