#022: Remonter l’ancien Wall Street français : la rue Quincampoix

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Avec ses maisons biscornues et ses portes massives, la rue Quincampoix porte quelques traces de son histoire. Pourtant, à l’époque… elle était beaucoup moins large. Cela reste toujours un mystère pour moi : comment s’y est-on pris pour élargir les rues ? En détruisant tout un côté seulement ? Si quelqu’un détient le secret…

Toujours est-il qu’à l’époque du seigneur de Qinquenpoit, au Moyen-âge, il y vivait du beau monde. C’est au début des années 1700 que ça s’est dégradé. Pour être précis, c’est à la mort de notre bon Roi Soleil que tout a foutu le camp, en 1715.

Paris (76)

Figurez-vous que notre bon souverain, avec ses goûts de château, avait un peu asséché les caisses du royaume. Aussi quand le Régent Philippe d’Orléans découvrit l’étendue du désastre, il fut sur le point de déclarer la banqueroute. Stop ! Cria alors l’impétueux John Law, un écossais qui allait « sauver » la France.

Grâce à quoi ? Grâce au papier. John Law propose au Duc de créer une banque centrale, et de remplacer l’or par la monnaie de papier gagée sur des entreprises commerciales (comme la Compagnie d’Occident en Louisiane). Et voilà comment l’ancêtre du billet apparaît, à l’époque c’est d’ailleurs plutôt un titre.

Rue Quincampoix 038

C’est simple, explique Law au Régent : la population convertit son or en titres et vous, vous pouvez vous servir dans les coffres de la banque pour régler vos dettes ! Ah aaaah ! Mais alors, le royaume s’endette simplement auprès de quelqu’un d’autre, pensez-vous. Que nenni. En fait, l’Etat a tout bonnement plongé la main dans le coffre comme si l’argent lui appartenait. Les choses les plus simples sont les meilleures.

De son côté, John Law croit savoir comment faire fructifier ses titres et toujours augmenter l’or qui dort dans ses coffres (ou plutôt comment faire en sorte qu’il y en ait toujours assez pour notre royaume). Les titres émis sont donc des gages sur des entreprises coloniales. Ces dernières défrichaient des territoires inconnus et c’était sûr, allaient nous rapporter des tonnes de richesses. Law en fit la promotion grâce à des gravures présentant l’arrivée des colons français au Mississippi, au milieu de forêts luxuriantes et de rivières où l’or se ramassait sans tamis. C’était si beau… que les titres, vendus au départ 500 livres, s’échangeaient à 20.000 livres à peine quelques mois plus tard !

Rue Quincampoix

Bon. En fait de richesses, il fallait d’abord combattre les indiens sur place et surtout… réussir à envoyer outre-Atlantique assez de monde pour rapporter les lingots. En deux ans, 7.000 « volontaires » furent laborieusement réunis, et pas toujours de manière orthodoxe : forçats rescapés des galères, vagabonds, bref, la fine fleur du royaume fut embarquée de force. Law comptait sur plusieurs dizaines de milliers d’émigrants, ce sera beaucoup moins.

Les titres sensés représenter les richesses supposées de la Louisiane ne représentaient en fait rien du tout. En 1720, la bulle explose. La rue Quincampoix, après avoir connu les émeutes des clients venus acheter des titres, connaît les émeutes de ces mêmes gens venus récupérer leur argent. Les grands du royaume, bien sûr, furent les premiers à venir récupérer leur argent. Les petits épargnants… ne récupérèrent même pas les miettes. L’émeute que provoqua la faillite de la banque tua 17 personnes, et John Law réussit à s’enfuir.

Rue Quincampoix 039

Après cet épisode, la rue qui avait commencé par abriter seigneurs et orfèvres fut laissée aux mains des pauvres gens. Entassés dans les immeubles, ils jetaient déchets et urine dans la rigole centrale de la rue… c’était l’un des nids à microbes de la capitale. D’ailleurs, le quartier de Beau bourg (en deux mots à l’époque) fut le premier îlot déclaré insalubre de la capitale, voué à la destruction. C’est seulement en 1930 que le quartier sera détruit et reconstruit.

Aujourd’hui, avec ses petits restaurants hype et ses boutiques d’art ou de j’me la pète, la transformation est complète… mais certaines portes et des façades pas vraiment droites laissent apparaître les siècles passés.

Supplément crânerie (comme si ça ne suffisait pas !) : l’Ecossais John Law était… un joueur invétéré ! Il avait même déjà été chassé de Paris à cause de son addiction. Et dans sa période faste, quand il envoya ces milliers d’hommes en Louisiane, forcément… que des hommes entre eux… ça n’allait pas du tout ! Alors pour les contenter, il rafla toutes les prostituées qui traînaient dans les rues, mais aussi les jeunes orphelines que personne ne réclamerait. On a toujours su que les gens de la finance avaient un grand cœur…


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